J'ai abandonné le journaling 4 fois. Voici pourquoi.

Quatre tentatives de journaling, quatre abandons. Ce n'était pas un problème de discipline : Pennebaker et l'angoisse de la page blanche racontent une autre histoire, et une raison plus simple d'y revenir.

J'ai essayé le journaling au moins quatre fois. Toutes les tentatives ont fini pareil : un carnet à moitié rempli, ou une app avec trois entrées et huit mois de silence.

Pendant longtemps j'ai pensé que le problème c'était moi. Pas assez disciplinée. Pas assez régulière. La vérité, c'est plus simple que ça, même si elle m'a pris quatre tentatives à comprendre.

Le problème n'est pas la volonté

On m'a toujours dit la même chose : écris tous les jours, ça devient une habitude, tiens bon 21 jours et c'est acquis.

Sauf que pour moi, ça ne marchait pas. Pas par manque de discipline. Écrire demande du temps et de l'intention, et je n'ai ni l'un ni l'autre à 23h après une journée de travail.

J'adore écrire, en fait. J'ai toujours aimé raconter des histoires, construire des récits, poser des mots sur une idée. Mais raconter la mienne, celle que je vis au jour le jour, c'est plus simple à l'oral. Écrire sur soi demande une distance que je n'ai pas toujours envie de prendre le soir.

Et il y a une raison plus concrète que ça. On parle en moyenne trois fois plus vite qu'on tape sur un clavier, autour de 150 mots par minute contre 40. James Pennebaker, psychologue à l'Université du Texas et pionnier de la recherche sur l'écriture expressive depuis les années 1980, a montré avec sa collègue Sydney Seagal que parler produit des bénéfices comparables à écrire. Le stylo ne soigne rien. Mettre des mots sur ce qu'on ressent, si — peu importe le support.

Ça ne veut pas dire que la voix est objectivement meilleure. Pour structurer une décision compliquée ou organiser des idées dans le temps, l'écrit garde un vrai avantage. Mais pour ce que je cherchais, un endroit où déposer ce qui traverse ma tête sans y passer trente minutes, la voix correspondait mieux à mon fonctionnement.

La page blanche a eu ma peau

Mais la friction n'était pas le vrai problème. J'ai essayé de comprendre ce qui bloquait vraiment, sans grand succès au début. J'ai changé de format, changé de support, testé différents moments de la journée. Le matin, c'est trop tôt, je n'ai encore rien à raconter. L'après-midi coupe la journée en deux, ça casse le rythme. Le soir, en théorie c'est le bon moment, mais il fallait encore me conditionner, m'installer, ouvrir l'app ou le carnet, et me retrouver face à ce curseur qui clignote, ou cette page blanche à noircir.

C'est là que j'ai compris que le problème n'était pas moi. C'est l'angoisse de la page blanche, un phénomène que même les écrivains professionnels connaissent bien. Face à une page vide, le cerveau se fige. Pas de prompt, pas de structure, pas de point de départ. Juste le vide à remplir soi-même. Et ce vide-là, il a eu raison de mes quatre tentatives, bien plus sûrement que le manque de temps ou de discipline.

Le vide qui suit, même quand j'y arrivais

Et même les rares fois où je passais ce cap, un deuxième problème m'attendait. Même quand j'arrivais à tenir deux ou trois semaines, je relisais mes entrées et je ressentais... rien.

Une liste de pensées du jour. Un inventaire d'humeurs. Aucune tension, aucune anticipation, aucune raison de revenir le lendemain à part la culpabilité de la case vide.

Le journaling classique analyse le présent ou le passé. Il ne construit aucun pont vers demain. Et sans ce pont, il n'y avait rien qui me ramène..

Ce qui manquait vraiment

Ce que j'ai fini par comprendre, c'est que je n'avais pas besoin d'un endroit pour stocker mes pensées. J'avais besoin d'une raison d'y revenir.

Pas un streak. Pas une notification qui me culpabilise. Quelque chose de plus simple et de plus fort : savoir que ce que je dis aujourd'hui va compter dans quelques mois. Savoir que quelqu'un va l'écouter. Et que ce quelqu'un, c'est moi.

Je précise un truc important : ce que je raconte ici, c'est mon expérience, pas une vérité générale. Plein de gens tiennent un journal écrit depuis des années et ça les nourrit vraiment. Pour moi, la combinaison de la page blanche et de l'absence de tout lien avec demain a eu raison de chaque tentative.

J'ai eu besoin de trouver ma propre solution

Après ça, j'ai arrêté de chercher la bonne app ou le bon carnet. J'ai ressenti le besoin de trouver une solution qui corresponde vraiment à mon fonctionnement, pas à une méthode générique qui marche pour tout le monde sauf moi.

L'idée qui a émergé : arrêter de parler de mon présent à mon présent, et commencer à parler à la version de moi que j'aspire à devenir. Pas un journal de plus. Me dire aujourd'hui ce que je sais déjà que j'aurai besoin d'entendre demain, sans savoir exactement quand ce demain arrivera.

Hier soir, j'ai enregistré ma première capsule. J'étais assise sur mon lit, téléphone à la main, et pendant quelques secondes je n'ai rien dit du tout, juste le silence qui s'enregistrait. Puis j'ai parlé. Pas longtemps. Mais en arrêtant l'enregistrement, j'ai ressenti quelque chose que je n'avais jamais ressenti après une session de journaling écrit : l'envie de recommencer le lendemain, sans qu'on me le demande.

Je ne sais pas encore si ça va marcher. Mais peut-être que le problème n'a jamais été de se parler à soi-même. Peut-être que c'était de ne jamais parler à la version de soi qui a besoin de nous entendre.

Et si le vrai problème du journaling n'était jamais la discipline, mais l'absence de destinataire ?

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